La co-écoute n’est pas une panacée

Merci de lire d’abord ma note d’intention.

Une fois que nous avons appris ses bases et commencé à la pratiquer régulièrement, la co-écoute peut devenir une grande aide dans notre vie. Elle peut nous permettre de dénouer les problèmes que nous rencontrons au fur et à mesure de notre vie quotidienne, d’avancer sur les problématiques plus profondes que nous traînons parfois depuis longtemps, d’y voir plus clair sur les actions que nous voulons mener… Plus nous pratiquons, plus nous élargissons la palette de ce qu’il nous est possible d’aborder avec la co-écoute.

Pour autant, il ne faut pas perdre de vue que la co-écoute ne sera pas toujours appropriée pour résoudre tel problème que nous rencontrons, ou dans telle circonstance de notre vie. Il nous faut cultiver notre discernement afin de comprendre comment pratiquer intelligemment, c’est-à-dire d’une façon bonne pour nous. Bien sûr, c’est à chacun·e d’apprendre à connaître ses possibilités et ses limites, qui ne seront pas nécessairement les mêmes que celles des autres. Cela dit, il peut être utile de partager nos réflexions afin d’enrichir nos connaissances et nos échanges.

J’ai ainsi répertorié ci-dessous un ensemble de situations dans lesquelles la co-écoute peut selon moi ne pas être pertinente. Vous pouvez ajouter vos propres observations et réflexions dans les commentaires, et discuter les miennes bien entendu.

Quand ça fait trop longtemps que ça traîne

Il est utile d’évaluer régulièrement notre pratique. Si nous faisons de la co-écoute depuis longtemps sur un problème particulier sans obtenir de résultat, c’est peut-être tout simplement que la co-écoute n’est pas appropriée pour cette fois. Bien sûr il faut parfois insister, le temps de trouver la façon d’aborder le problème, de comprendre l’accompagnement dont nous avons besoin et d’en faire part à notre co-écoutant·e, de dépasser la phase de découragement et d’impuissance qu’il faut parfois traverser quand nous abordons des problématiques anciennes et bien ancrées. Il peut être utile aussi d’échanger avec d’autres co-écoutant·es pour bénéficier de leur expérience et de leurs réflexions. Mais si décidément cela ne fonctionne pas, il est parfois plus délétère d’insister que de laisser tomber, car alors on rencontre un échec qui s’ajoute à notre problème initial. 

Quand nous avons besoin d’aide thérapeutique

Dans une relation de co-écoute, nous sommes à tout moment en charge de nos problématiques, et il peut arriver que justement, ce dont nous ayons besoin, c’est de nous délester de cette charge, car le problème que nous rencontrons nous dépasse. C’est le travail du thérapeute de tenter de comprendre ce qu’il se passe pour nous et de nous aider à aller mieux. Même au sein d’une méthode thérapeutique qui demande notre participation active, nous pouvons nous reposer sur les compétences du thérapeute, que d’ailleurs nous payons pour cela. Le thérapeute est aussi en mesure, s’il le faut, de poser un diagnostic, mettre en œuvre une thérapeutique et évaluer son efficacité, toutes choses qui sont étrangères à la relation de co-écoute et que nous ne devons pas attendre de notre partenaire.

En tant que pratiquant·es de la co-écoute, il est important de savoir reconnaître ce besoin d’aide quand il est là, car justement nous sommes habitué·es à nous débrouiller par nous-même. Nous donnons souvent une valeur à cette autonomie, à juste titre, mais il arrive que dans un même mouvement nous dépréciions le fait de demander de l’aide à un·e professionnel·le, ce qui par contre est une erreur. Au contraire, cette autonomie que nous apporte la co-écoute a d’autant plus de valeur si elle connaît ses limites.

Quand nous avons besoin de relations sociales

La pratique de la co-écoute nous amène souvent à devenir plus conscient·e de ce qui se joue dans nos relations sociales au niveau émotionnel. Ainsi peu à peu nous apprenons à préserver nos relations sociales des expressions émotionnelles qui n’ont rien à y faire, que nous réservons à l’espace-temps dédié de la séance de co-écoute. Cette prise en charge peut être un vrai soulagement pour la relation. 

Mais il arrive parfois que ce soit bel et bien à nos relations amicales, amoureuses ou familiales que nous ayons besoin de parler de nos problèmes. Et nous le ferons comme nous pouvons, y compris avec nos émotions toutes emmêlées. Ce n’est pas parce que nous avons une pratique qui nous permet de faire la part des choses que nous devons avoir cette exigence tout le temps dans notre vie sociale. Nous risquerions alors d’en arriver à ne plus rien partager de nos difficultés et de nos faiblesses avec les gens qui nous sont chers, ce qui pourrait finir par appauvrir nos relations.

Quand il n’y a pas de possibilité pour pratiquer

Parfois la co-écoute serait appropriée mais nous n’avons personne avec qui la pratiquer. La co-écoute est peu répandue. De plus, dans un contexte de grande mobilité tant au niveau des activités pratiquées que tout simplement géographique, il arrive fréquemment qu’un réseau local de co-écoute s’amenuise ou disparaisse. C’est une question à part entière qui mériterait une réflexion dédiée, mais quoi qu’il en soit, c’est un fait : il peut arriver qu’on ne puisse tout simplement pas pratiquer faute de co-écoutant·es disponibles. Certaines personnes pratiquent alors la co-écoute à distance (audio ou vidéo), mais cela ne convient pas à tout le monde, ni à tous les sujets. 

Heureusement, nous sommes flexibles, et si nous savons que la co-écoute répondrait bien à nos besoins, il y a sans doute d’autres façons de faire auxquelles nous avons accès ici et maintenant, dans le contexte qui est le nôtre. Nous avons alors tout intérêt à mettre en œuvre ces autres solutions plutôt que de rester avec nos problèmes.

Pour finir, je dirais qu’il est fréquent qu’une pratique se présente comme une panacée, c’est-à-dire un système qui permet de comprendre l’humain dans tous ses aspects et vient apporter des réponses à tout ce qui pose problème dans une vie. Cela nous simplifie la tâche face à la complexité de l’existence, mais c’est bien évidemment un leurre. Et à la longue, cela nous empêche de nous approprier réellement la pratique. Croire qu’une pratique peut tout, c’est finalement lui ôter de la valeur, sa valeur propre.

Nadine Gardères – Février 2021

2 commentaires

  1. merci pour cet article, comme mentionné dans ton deuxième point, j’ai eu plusieurs fois besoin d’une aide qui ne soit pas réciproque et aller voir un thérapeute résout cet aspect là.
    C’est bien aussi de se dire que ce n’est pas une panacée pour ne pas en faire la recette universelle qu’on propose automatiquement à toutes nos connaissances pour résoudre leurs problèmes, ce que j’avais plus tendance à faire au début. Maintenant que je connais mieux cette pratique je reste une grande ambassadrice mais avec plus de nuances, j’en parle « en passant » et si la personne est curieuse je peux approfondir.

  2. Merci pour cet article ! Il est bon de rappeler que ni la co’écoute ni toute autre pratique ne peut répondre à nos différents besoins. Que nous avons besoin d’user de divers moyens pour aborder et traverser nos divers problèmes et ce qui se présente à nous, selon la chose en elle-même, le contexte, là où on en est.
    De mon expérience, je ne considère pas la co’écoute comme une réponse à tout, mais je dois dire que même lorsqu’en tant que telle, elle ne pourra pas s’avérer du meilleur ressort, tout ce que cette pratique rayonne autour d’elle m’aide beaucoup : comme intimité avec mes propres émotions, le fait que son cadre amène à prendre la responsabilité de la réponse à nos besoins, l’ouverture vers les fonctionnements d’autres personnes, le fait de s’autoriser à demander du soutien, etc etc.
    Bref cette pratique m’aide au-delà d’elle-même !

    Et je voulais préciser aussi que le fait d’avoir besoin d’une aide thérapeutique, comme toute forme de demande non-mutuelle fait partie de l’autonomie, qui est parfois confondue avec le fait de pouvoir/devoir se débrouiller seul.e, alors qu’il s’agit de bel et bien prendre en charge ses besoins et faire ce qu’il faut pour les satisfaire, quel que soit le moyen.

    Bravo et continue ! C’est enrichissant et questionnant … ce qu’il faut au monde !

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