L’usage de la volonté en co-écoute

Merci de lire d’abord ma note d’intention.

La volonté peut être utilisée de façon pertinente en co-écoute de bien des façons. On peut débuter une séance sur un sujet précis décidé à l’avance. On peut informer notre co-écoutant·e de la façon dont on voudrait qu’il ou elle nous accompagne, au début et en cours de séance. On peut mettre en place tout un tas de choses qui répondent à nos besoins : disposition des éléments de la pièce, distance entre nous et notre co-écoutant·e, réglage de la luminosité… On peut parfois faire des mouvements qui nous aident à préciser ce qu’il se passe en nous : taper sur un coussin, pousser ou tirer les mains de l’autre en l’informant de la force qu’il ou elle doit nous opposer, mettre notre corps dans certaines postures… On peut aussi demander à notre co-écoutant·e de dire ou de faire des choses bien précises. Tous ces actes relèvent sans équivoque de la volonté. On en a peut-être l’idée par nous-même, ou on les a vu utilisés par d’autres co-écoutant·es plus expérimenté·es et constaté leur bénéfice. Leur pertinence est bien sûr à évaluer à chaque instant dans le contexte de notre séance présente.

Ce que je vais m’appliquer à décrire ici sont des utilisations que je pense non pertinentes de la volonté, celles qui entravent une séance de co-écoute plus qu’elles ne la facilitent et qui peuvent parfois nous mener durablement sur des fausses pistes. Je les ai observées chez moi, chez mes co-écoutant·es ou au sein de groupes de pratique. J’ai discuté et analysé la plupart de ces situations avec des co-écoutant·es de mon entourage. La formulation que j’en fais correspond à ma compréhension actuelle qui peut être sans cesse enrichie. De plus il existe certainement bien d’autres situations d’utilisation non pertinentes de la volonté. N’hésitez donc pas à partager vos propres observations et analyses à la suite de cet article.

Faire le faux pour appâter le vrai

Il peut arriver qu’on sente de façon ténue la partie du corps où la tension émotionnelle se trouve, ou que l’on puisse même projeter à l’avance, par expérience ou parce qu’on l’a vu chez d’autres, quel type de mouvements cette tension va amener.

Par exemple, si on porte notre attention sur un évènement qui a provoqué de la peur, il se peut que l’on sente nos mâchoires et nos épaules se crisper légèrement. On peut alors avoir tendance à amorcer un mouvement de façon volontaire, ici secouer les épaules et faire trembler ses mâchoires, dans l’intention de susciter le mouvement spontané de la décharge émotionnelle. Je ne pense pas pour ma part que ce soit pertinent (1). Le mouvement spontané a besoin pour se déployer d’une temporalité particulière, une sorte de suspension au sein de laquelle il faut rester relié·e à nos sensations sans présumer de ce qui va se produire. Si on occupe ce temps-là par un mouvement volontaire, le mouvement spontané n’a plus de terreau pour se déployer et on passe ainsi à coté de ce que pourtant on cherchait à favoriser.

D’autre part, ces sensations qui nous indiquent que « quelque chose se passe par là » ne sont qu’un indice, et peut-être que rien ne va se passer du tout. Le contexte n’est peut-être pas celui qu’il nous faut : peut-être avons-nous besoin de tout un groupe par exemple, ou d’une relation régulière et de longue durée avec un·e co-écoutant·e, avant de pouvoir décharger cette peur. Ou peut-être qu’aujourd’hui nous n’avons pas l’énergie nécessaire pour ce chemin-là. Peu importe la raison, à vrai dire, l’important est de ne pas tenter de forcer ce qui n’advient pas de lui-même.

Hélas, à force de faire des mouvements volontaires qui miment les décharges émotionnelles, des tics peuvent se mettre en place. Désormais on ne prend même plus la peine de sentir quoi que ce soit : l’idée même de la peur nous amène à des tremblements simulés. Il est assez probable que ce comportement nous éloigne alors définitivement de la décharge émotionnelle réelle, la seule qui puisse délester nos tensions. On passe ainsi non seulement à coté des vrais tremblements qui nous feraient sûrement du bien, mais aussi de toute autre décharge émotionnelle qui aurait peut-être eu lieu si on lui en avait laissé la place.

Prolonger une décharge émotionnelle

Certaines décharges émotionnelles peuvent être très amples dans leur profondeur et leur durée. Il y a des séances ou peu de mots se disent, voire aucun, où la décharge émotionnelle prend toute la place, et d’où l’on ressort à la fois fatigué·e et délassé·e, avec le sentiment d’avoir « bien travaillé ». Cette ampleur peut nous donner l’idée que c’est cela, et uniquement cela, qui devrait se produire en co-écoute. On va alors peut-être chercher à prolonger tout début de décharge émotionnelle de façon volontaire, avec cette idée que toute petite décharge devrait amener à quelque chose de plus ample et que si ça ne se produit pas, c’est que nous passons à coté du processus.

Je ne pense pas que ce soit juste. Les décharges émotionnelles sont d’intensité très variable, tout simplement parce que les tensions émotionnelles sont elles-mêmes de nature variée. Il y a des séances entières et très efficaces où seuls des petits rires ponctuent nos mots. Vouloir à tout prix prolonger ces rires, c’est parfois passer à coté d’un processus basique, une suite de dégagement de petites tensions tout simplement. Et c’est parfois prolonger inutilement une émotion, un certain état, plutôt que de le laisser se transformer.

Il y a une différence entre le fait de retenir une décharge émotionnelle, ce qui peut par exemple nous amener à solliciter notre co-écoutant·e pour qu’il·elle nous aide à aller plus loin par ses interventions, et les moments où, tout simplement, la décharge est par elle-même de faible intensité. Le mieux est de n’avoir aucune idée préconçue de comment la décharge doit être, et d’apprendre à sentir au fur et à mesure où on en est et ce qu’il se passe.

Se faire mal

Il peut arriver que nous ayons l’impulsion d’un geste très brusque, parfois accompagnée d’une image violente. Il est évident que si cette brusquerie veut s’exprimer à l’encontre de notre co-écoutant·e ou de l’espace environnant, nous devons nous arranger pour ne faire de mal à rien ni personne. Mais que se passe t’il lorsqu’elle  est dirigée vers soi-même  ?

Il peut arriver par exemple qu’on sente soudainement une envie de crier. C’est une sensation dans la gorge, assez précise et singulière quand on la connaît. Si on se précipite alors volontairement vers les cris, il est fort probable que l’on crie plusieurs fois de suite sans que ça produise d’effet intéressant. Mais surtout, au passage, on se sera fait mal à la gorge. Si, plutôt que de se précipiter, on prend le temps de sentir quand, à quel rythme, à quelle intensité le cri veut se faire, il y aura probablement besoin d’un seul cri, qui sera puissant ou pas, mais qui dans tous les cas laissera intacte la gorge. Si le besoin est de crier longtemps et de façon intense, ce qui correspond à un autre type de besoin, il faudra être d’autant plus attentif·ve à ses sensations. Avoir mal à la gorge après avoir crié en co-écoute est un signe que quelque chose a été forcé.

Autre exemple, il peut arriver que l’on ait besoin de taper notre tête contre une surface ferme. Ce geste est souvent relié à une émotion de découragement profond, de désespoir. C’est un geste, hélas, très connoté socialement, associé à « la folie » et à des images terribles, souvent vues dans des films. Cet imaginaire dramatique peut nous empêcher de comprendre simplement notre besoin. Pourtant, quand on y prête attention, c’est à dire quand on prend le temps de sentir ce qu’il se passe, il s’agit simplement d’un besoin de pression forte et répétée sur un point précis de la tête, parfois accompagné de heurt. Il n’y a aucune raison de nous précipiter dans ce mouvement de n’importe quelle façon. On peut aménager l’espace, mettre un coussin ferme sur le sol par exemple, et apprendre peu à peu à suivre nos sensations plutôt que notre impulsion première.

Il n’y a aucun bénéfice à se faire mal en co-écoute, et tout à gagner à prendre le temps de chercher le chemin juste pour répondre à nos besoins.

Forcer les souvenirs

Une dernière façon que j’ai observée d’user de trop de volonté est de tenter à toute force de faire venir des souvenirs. Cela peut arriver quand par exemple on a dans l’idée qu’un problème auquel on se rend attentif·ve en co-écoute trouve sa source dans un passé lointain, et qu’on s’obstine à vouloir se souvenir de ce qu’il s’est passé alors. Que cette idée soit vraie ou fausse, vouloir forcer la mémoire n’est pas une bonne idée. En effet, une autosuggestion est possible : si on est persuadé·e qu’il faut retrouver des souvenirs reliés à telle ou telle détresse émotionnelle, on va peut-être arriver à en retrouver… des faux (2) ! Une façon d’éviter cela est de ne pas vouloir faire ressurgir des souvenirs mais tout simplement les laisser venir s’ils viennent et les laisser repartir s’ils repartent.

Sans aller jusqu’à la manipulation de notre mémoire, tenter de forcer les souvenirs peut être tout simplement une impasse dans laquelle on s’obstine inutilement. Les tensions émotionnelles ont bien sûr souvent un historique qu’il peut être utile de remonter, mais on n’a pas forcément besoin de savoir à quoi est due une tension pour qu’elle se dénoue. Les décharges émotionnelles ne sont pas nécessairement accompagnées d’images et ce processus est tout aussi valable qu’un autre. Il est possible de se laisser tranquille avec le passé et de ne pas forcément chercher à « tracer » nos détresses à travers notre histoire.

Pour conclure, je dirais que la co-écoute mêle dans un aller-retour incessant l’exercice de la volonté et du laisser-advenir. Ce que j’appelle le laisser-advenir, c’est cette disposition intérieure qui nous prépare à accueillir ce qui vient, sans le forcer et sans l’attendre, et sans garantie de résultat. On peut le nommer de mille autres noms, ou savoir ce que c’est par l’expérience sans jamais l’avoir nommé, mais il me semble dans tous les cas qu’on ne peut pas s’en passer. La subtilité de la co-écoute consiste à mon sens à user d’actes volontaires qui peuvent parfois être très élaborés au service d’un processus spontané qu’il faut laisser advenir… tout un art  !

Nadine Gardères – Novembre 2020

Les modifications de l’article et leurs dates sont signalées en commentaire.

(1) On peut lire à ce propos un échange intéressant (en anglais) sur
le site de RC.
(2) Lire à ce sujet "La mémoire humaine : une "boîte-à-outils pour le
futur" plutôt qu'une "caméra rejouant le passé
" par Hedwige Dehon.

14 commentaires

  1. Pour ce qui est de commencer de façon volontariste des tremblements lorsqu’on veut décharger de la peur, je l’ai vu faire à plusieurs reprises en co-écoute en étant intrigué (on m’a expliqué que ça aidait à advenir) et j’ai essayé moi-même plusieurs fois de le faire, sans en être satisfait, sans avoir pour le coup le sentiment de rentrer dans un processus de décharge.
    C’est une bonne notion, ce « laisser-advenir », je trouve ; et c’est effectivement tout un art ! Mais la co-écoute est à bien des égards une vraie discipline (de laisser-advenir !) artistique !

  2. C’est un très bon article à lire lorsqu’on commence la co-écoute et qu’on ne sait pas trop bien ce qu’on doit faire quand c’est notre séance. Ça donne des bases qui évitent de s’enfoncer dans des façons de faire qui ne marchent pas.

    Le fait que les décharges émotionnelles sont diverses, profondes, longues ou toutes petites, ça me semble super important à noter. Ce n’est pas parce qu’il n’y a rien eu d’explosif (cris, pleurs…) que ma séance n’a pas « marché ». Je crois que j’avais un peu de pression au début quand je faisais de la co-écoute, ce truc de « vouloir faire bien ». Et puis maintenant, voilà, peu importe la séance, il se passe ce qui se passe. Parfois je pleure toute la séance. Parfois presque rien, soit que ce qui s’est présenté ce jour-là n’avait pas besoin de plus, soit que ce n’était pas le moment; pas encore. J’aime bien observer mon état suite à une séance, pas seulement juste après mais aussi les quelques jours qui suivent. En général, j’ai l’impression qu’une séance « dynamise » mon état. Je ne me sens pas nécessairement plus en forme mais en tout cas plus en mouvement, les énergies qui m’emportent, les besoins sont plus clairs, plus évidents et ça me permet de les suivre plus facilement.

    J’accorde dans ma pratique de la co-écoute beaucoup d’attention à ce qui se passe dans mon corps, je porte souvent mon regard sur mes sensations avant d’engager la parole. Je crois que ce texte m’a aidé à voir que c’était une voie possible. Parfois je ne parle même pas ! Je baille, je m’étire, j’ai des mouvements répétitifs ou de balancement… Mais il arrive que la parole vienne ensuite, soit qu’elle s’impose, soit que j’essaie (volontairement) de dire en mots l’image, la pensée qui m’est apparue. Il arrive que quelques mots ouvrent alors sur une décharge, comme s’ils étaient venus parachever la préparation faite dans le corps. Enfin, ce sont mes impressions…

    Quand on parle ici des souvenirs forcés, ça me fait penser à un autre aspect qui a été (est ?) assez ennuyeux dans ma pratique, c’est ce qu’inconsciemment je considère comme des sujets d’importance ou pas. Comment ne pas penser que quand surgissent le père, la mère, des événements marquants de l’enfance, alors on est au bon endroit, on fait du bon boulot ? J’ai beau me dire que ma construction psycho-sociale est bien plus complexe que ma petite enfance et ma famille proche, rien à faire ! Au début, j’essayais parfois volontairement de ramener dans ma séance de tels éléments en me disant : ah ça va sûrement faire quelque chose ! Mais ça ne marche pas comme ça. Et c’est ce que j’aime dans la co-écoute, que je trouve vraiment agréable : des choses se passent et on ne sait pas trop pourquoi, et d’ailleurs l’important n’est pas de savoir ce qui s’est passé mais bien que ça se soit passé : c’est un savoir qui entre dans le corps directement (me dis-je). Peut-être que derrière il serait possible de faire un récit avec papa maman mais ce n’est pas l’essentiel. Je me rappelle d’une séance où j’ai parlé assez longtemps d’un événement assez banal qui m’était arrivé au réveil, parce que c’est ce qui venait; j’en parlais, je suivais ce que ça me faisait et je n’avais aucune idée d’où ça m’amenait; et au bout d’une vingtaine de minutes, j’ai dit trois mots sur mon père, je n’ai même pas fini la phrase et j’ai pleuré. Alors oui il y avait là une histoire avec mon père, qui m’était d’ailleurs déjà connue, mais l’important a été le chemin, c’est le chemin qui a mené à la décharge, qui a permis d’entrer en contact d’une « certaine » façon avec cette histoire.

    Bref, un texte qui a rendu plus légère (et du coup sans doute plus juste et plus profonde) ma pratique. Merci !

    1. Je me suis posé les mêmes questions à propos de l’importance des sujets sur la famille, mais aussi sur l’enfance, sur la sexualité… bref, tous les sujets auxquels certaines approches psychothérapeutique ou psychanalytiques donnent une importance primordiale. Je pense qu’il y a matière à écrire un texte entier là-dessus, mais pour l’instant je peux juste spoiler ma conclusion 😉 : je ne pense pas que ces sujets aient plus d’importance en eux-mêmes, je pense qu’ils ont l’importance qu’on leur donne culturellement… ce qui n’est pas rien bien sûr ! Mais qui permet au moins de cesser de s’y focaliser volontairement, et de les laisser venir quand ils viennent, s’ils viennent, et le temps qu’ils viennent.
      Il y a aussi tout simplement que nous n’avons pas toutes et tous vécu les mêmes difficultés, et nous n’avons pas eu non plus les mêmes possibilités de résilience, sur le moment ou plus tard. Bref, je suis pour laisser la question de l’importance de ces sujets à l’évaluation de chacun·e, sans présumer de rien.

  3. merci pour cet article complet et clair ! Parfois c’est vrai que la frontière est mince entre un acte volontairement mis en place pour permettre à une émotion d’émerger et un forçage artificiel. Taper dans un coussin par exemple, lorsqu’on évoque une situation qui nous met en colère, peut paraître artificiel au début mais s’avérer très pertinente et mener à une vrai décharge. Je n’ai jamais pour ma part usé des tremblements volontaires pour décharger la peur mais peut être que, si on ne considère pas cela comme une recette miracle mais plus une étincelle qui parfois fonctionne ça peut être utile. L’important encore une fois est d’apprendre à reconnaître toutes ces subtilités par la pratique et à éviter l’écueil de la facilité qui nous fait parfois passer à côté d’une séance.

    1. La frontière, ou une des frontières, entre « permettre à une émotion d’émerger » et un « forçage artificiel » est peut-être dans la nature du mouvement que l’on fait : taper sur un coussin n’est pas une décharge émotionnelle en tant que telle, alors que trembler, oui.

      Il ne nous viendrait pas à l’idée, en tout cas je ne l’ai jamais vu faire, de simuler les pleurs pour amorcer les pleurs, par exemple. Pourquoi alors le faire avec les tremblements ? J’y vois plusieurs raisons, il y en a certainement d’autres :
      – c’est facile à simuler,
      – c’est un mouvement très physiologique, dont la dimension émotionnelle est moins visible que pour les pleurs, donc le « jeu » de simulation est lui-même moins visible,
      – on ne connaît quasiment pas les tremblements dans notre vie quotidienne, alors qu’on connaît les rires et les pleurs, l’aspect simulé peut donc ne pas nous déranger du fait qu’on n’a pas vraiment moyen de comparer,
      – les tremblements étant répertoriées dans les décharges émotionnelles de base, on peut se forger l’idée qu’il faut les vivre pour avoir une bonne pratique de co-écoute, et ainsi simuler si on n’y accède pas autrement.

      Y a t’il des raisons positives de simuler les tremblements (ou toute autre décharge émotionnelle) ? Dans mon texte je réponds par la négative, mais la question reste ouverte.

  4. Merci pour cet article, ce travail et cette aide qu’il représente pour nos séances. Cela touche à une de nos grandes peurs partagées (me semble-t-il), celle de l’inconnu. Peur de se laisser saisir par le nouveau, sans savoir où il va nous mener. Alors ramener du connu à l’inconnu est souvent un moyen de se rassurer ; l’autre risque étant de passer à côté de l’authentique expérience qui nous est offerte.
    Et je pense que les décharges plus ‘petites’, le temps, la rencontre peu à peu avec ses propres émotions, pratiquer la co-écoute, les expériences par ailleurs,
    sont autant d’étapes pour nourrir la Confiance, nécessaire à s’abandonner pour laisser advenir les choses sans idées préconçues.
    Une aventure (éthymologie latine adventura ‘ce qui doit arriver’), qui se veut une voie dans la vie, en tout cas dans la mienne !

    * « Que nous ne serions absolument que des instruments, c’est déjà un joli état. Une sensation à nulle autre pareil que de se sentir vibrer.
    Laissez donc le vent courir un peu dans vos cordes. » George Sand *

  5. Merci pour ce texte, clair et assez concret.
    Je trouve le sujet à la fois « nécessaire » à aborder lorsque nous pratiquons la co-écoute et complexe.
    L’usage de la volonté et/ou du laisser-advenir est subtil et nous pourrions passer du temps à discuter de cette subtilité me semble-t-il.
    J’ai toujours une petite peur lorsque je lis les « utilisations non pertinentes », peur du blocage ou de l’intellectualisation.
    Cela me donne envie d’entendre parler davantage « du processus spontané qu’il faut laisser advenir ».
    A quand un petit groupe de pratique/réflexion ?

    1. Je partage les repères que j’ai forgé au fil du temps, mais ils sont à évaluer par chacun·e dans sa propre pratique et à discuter. D’où effectivement l’importance des groupes de pratique et de réflexion, merci de relancer 🙂 !

  6. « Lorsque l’esprit, dont l’édifice ne tient que par le désir,
    cesse sans l’intervention de l’effort,
    alors dans cette immobilité, qui n est pas un but,
    la réalité paraît. »
    Krishnamurti

  7. Merci Nadine!

    Je ressens pour ma part une sorte de justesse (ou de non justesse) quand je pratique qui m’indique si je suis au bon endroit. Je ne saurais pas décrire. Mais effectivement, ça se situe dans le « laisser advenir ».

    Aussi, en séance, (et hors séance aussi d’ailleurs) mon corps fait parfois des mouvements, de type spasme, mais j’ai l’impression qu’ils viennent du rien, et ils sont souvent précurseurs ou accompagnants d’une décharge émotionnelle. Bon… Du coup c’est pas vraiment des mouvements volontaires. Enfin chépa. Mais ça paraît assez juste en tout cas.

    Par ailleurs, pendant la formation de base, on avait essayé de travailler sur un thème précis (oppression homme cisgenre/ femme cisgenre) et je n’y arrivais pas du tout. Je crois que c’est compliqué pour moi de choisir à l’avance un thème précis.

    J’ai l’impression qu’une séance est un entremêlement de thèmes qui doivent, j’imagine, refléter une détresse.
    J’ai par exemple l’impression de trouver ce sujet de l’oppression dans certaines séances, mais sans que ce soit ça la décharge.

    Voila.

    Pour une hygiène émotionnelle par la coécoute! Youpiiiiiiiiiiiiiiiii!

    1. J’ai moi aussi des repères qui m’indiquent que je suis plus ou moins juste dans ma pratique. Par exemple, ma bouche qui devient pâteuse m’indique que ma parole devient sociale et n’est plus au service du processus en cours, ou encore mon ventre qui se tord m’indique que je suis en train de forcer. Ce sont des repères difficiles à décrire, mais je trouve cet effort important à faire, afin de s’approprier réellement la pratique, la sortir de l’idéalisation.
      Je pense à la pratique de la musique, par exemple : comment une musicienne sait-elle qu’elle est plus ou moins juste ? Même si elle ne l’a jamais analysé, elle a en réalité forgé des repères qui sont très précis, peut-être depuis l’enfance. Ou encore, la pratique de prendre un bon bain chaud : à quel moment, à quelle température, quelle quantité d’eau, quelle durée… pour savoir tout cela, nous avons aussi des repères précis.
      Ces repères sont à la fois repérables d’une fois sur l’autre, et changeants selon le moment et le contexte… Quant à savoir s’ils sont les mêmes chez tout le monde, on est loin de le savoir, il faudrait déjà cultiver notre goût et notre capacité à les repérer, à les décrire et à en parler !

  8. OUAA, comme ce texte s’est enrichi de commentaires, merci pour tous ces développements !
    Merci Nadine pour cette dynamique & ce chouette texte, & pour le deuxième article qui viens de sortir, & qui me fera surement penser encore…
    Ce que « l’usage de la volonté en co-écoute » a évoqué pour moi comme expérience concrète, c’est lorsque nous avons essayé de regarder si les soupirs ne pouvaient pas être des mouvements qui empéchaient d’advenir autre chose, un mouvement ‘volontaire’ mais pas vraiment conscient (parfois). Aujourd’hui, je continue, si le soupir survient, de ne pas m’y attacher spécialement, pour sentir ce qui advient plutôt alors.

    & des mouvements volontaires, j’en pratique aussi parfois – avant, après, mais aussi pendant ma séance, pour sentir la confiance, ou me faire advenir un rire qui détend : une roulade, rebondir sur place, m’étirer, des grimaces,… : « je peux aussi faire ça », « je suis tout un corps », & cela m’incite aussi à avoir aussi la plus grande confiance dans le chemin du mouvement volontaire de la personne que je suis en train d’écouter dans sa séance, d’où l’importance de faire des articles, d’en discuter & de parler de ces pistes d’exploration hors séance !

    & pour ce qui est de « travailler sur un thème précis », ou de penser à ma séance à l’avance, ça m’aide plutôt pour ma part.

    1. Pour ce qui est de faire mes séances sur un thème précis : parfois ça m’est très utile de me contraindre volontairement à rester sur un thème, dans une même séance et d’une séance sur l’autre, notamment lorsque je me confronte à un mouvement d’évitement de ce thème, mouvement devenu spontané avec le temps et qui est en fait un évitement de l’inconfort. J’ai parfois demandé à ma co-écoutante de m’aider à rester attentive au thème en question, à intervenir pour m’y ramener (et bien sûr sur le moment c’est moi qui choisis de suivre son indication ou pas).
      Et parfois, je décide à l’avance d’un thème et je me rend compte en quelques secondes ou minutes dès le début de ma séance que ce choix de thème n’est pas du tout pertinent, et je laisse tomber. Parfois, c’est un thème pertinent pour autre chose : demander des conseils, discuter avec un ami, mener une réflexion personnelle de façon concentrée… Ou encore c’est un thème choisi de façon idéologique (« ce serait bien d’y travailler »).
      En ce moment, l’amorce de mes séances se déroule presque toujours de la même façon : je ne choisis rien à l’avance, je reste un bon moment attentive à ce qui vient (sensations, émotions, pensées, décharges spontanées) et la focalisation sur une question se fait d’elle-même, comme une conséquence de cette première attention globale, non focalisée. Et il arrive souvent qu’un même thème revienne ainsi d’une séance à une autre, sans préméditation.

  9. Modification 26/07/21 : 2 personnes expérimentées m’ont signalé que les cris pouvaient être intenses et répétés sans pour autant que la gorge soit blessée. J’ai donc rajouté dans la partie « Se faire mal » la phrase : « Si le besoin est de crier longtemps et de façon intense, ce qui correspond à un autre type de besoin, il faudra être d’autant plus attentif·ve à ses sensations. « 

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