Mon parcours avec l’organisation Re-evaluation Counseling (RC)

Ce récit tente d’être le plus factuel possible. Cela dit, mes souvenirs sont nécessairement partiels, ma vision des évènements personnelle et ma compréhension limitée. Je n’ai pas ouvert les commentaires, car il n’y a pas ici d’argumentaire à discuter. Vous pouvez toutefois m’écrire en mail perso si vous le souhaitez.

J’ai connu la co-écoute en 2001, grâce à des ami·es. Quand nous avons essayé ensemble, j’ai tout de suite perçu la pertinence de cette pratique pour moi. Malgré cette première expérience convaincante, je n’ai pas persisté, car j’avais à l’époque une croyance, qui a complètement disparu depuis, que tout devait se passer « dans la vraie vie » et non dans des « pratiques ». Ce n’est que des années plus tard, en 2009, que j’ai à nouveau croisé la co-écoute, grâce à un ami, Y.B., qui venait de suivre une formation (1). Pendant 3 ans nous avons pratiqué ensemble de temps à autre, avec bonheur. Début 2012, cet ami a proposé en co-animation avec E.P. une formation dans le Diois à laquelle je me suis inscrite. Au printemps, j’ai déménagé dans cette région, pour plusieurs raisons, et entre autres pour continuer la co-écoute.

A cette époque, il y avait donc plusieurs co-écoutant·es dans le Diois, certain·es expérimenté·es et d’autres débutant·es. J’ai ainsi eu l’occasion de débuter une pratique variée de la co-écoute de façon régulière et soutenue. Nous nous réunissions parfois pour pratiquer en groupe. Nous participions de temps à autre aux rencontres régionales à Lyon, parfois animées par D.P., responsable RC en France à l’époque. En septembre 2012, j’ai participé à une rencontre nationale à Paris animée par D.S., responsable au niveau international, sur le thème Construire une communauté. Cette rencontre m’a motivée dans mon désir de contribuer activement au réseau local de co-écoute. A peu près à cette époque nous avons participé avec E. à un atelier jeu-écoute (2) proposé par B.G. Cette journée m’a ouvert une nouvelle facette de la co-écoute qui m’a fort intéressé. Nous avons par la suite organisé dans le Diois un atelier entre adultes co-écoutant·es pour tester cette pratique entre nous, et plus tard un autre avec des jeunes personnes.

Au printemps 2013, nous étions quatre co-écoutant·es du réseau local à souhaiter organiser une formation pour agrandir notre groupe. Nous n’avons pas eu de succès au niveau de la participation, mais la préparation a été pour nous l’occasion d’une transmission de leurs outils de la part de Y. et E., qui n’avaient plus eux-même depuis quelques temps la disponibilité et l’envie de continuer à former et de s’occuper du groupe local.

Au printemps 2014 j’ai eu l’idée de proposer à partir de la rentrée une rencontre hebdomadaire chez moi, dont la première du mois serait consacrée à un module de formation. Ainsi, les personnes suivant l’ensemble de ces modules auraient tout le contenu d’une formation entre octobre et juin. Pour faire cela, j’ai décidé de demander mon accréditation RC en tant que formatrice, même si ce n’était pas l’usage autour de moi. Je souhaitais en effet faire les choses dans les clous, et ainsi bénéficier, pensais-je, de la supervision d’une personne d’expérience. J’ai donc voulu suivre les recommandations de la partie « Accréditation » du « Guide pour les Communautés de Réevaluation par la co-écoute » (3). Je m’en suis ouverte à E., puis j’ai téléphoné à D. afin d’être guidée dans mes démarches. J’avais d’ores et déjà écrit une lettre de candidature, que j’avais faite traduire en anglais. La réponse de D. a été très directe : si je le souhaitais, j’avais le feu vert pour être formatrice, tout simplement. Parler des démarches formelles n’avais pas sa place, je ne l’ai pas même évoqué. Et c’est ainsi que je suis devenue formatrice, d’une façon tout à fait non protocolaire.

Je n’étais pas ravie de la façon dont ça s’était passé. J’attendais de cette accréditation une légitimité et un soutien dans ce que je pressentais être le début d’une activité importante dans ma vie. En même temps, cette distance prise par rapport au « Guide » m’était quelque part sympathique car elle faisait échos à mon esprit d’indépendance. Ne sachant trop que faire, n’étant pas vraiment accompagnée par E. et Y. au niveau local, et vu que D. était la responsable la plus haut placée à qui j’avais accès, j’ai simplement accepté la situation. J’ai ainsi proposé ce groupe hebdomadaire et cette formation d’octobre 2014 à juin 2015, ce qui m’a permis pour la toute première fois d’être en position de transmettre la co-écoute, et d’en assimiler toute la base théorique. Le groupe hebdomadaire de pratique s’est poursuivi en 2015/2016.

En 2016, j’ai été sollicitée par une connaissance pour venir animer deux jours de co-écoute à Forcalquier. C’était pour moi la première occasion de transmettre la co-écoute en-dehors de mon cercle habituel, sous une forme plus structurée. J’ai ainsi préparé et animé, en co-animation avec une autre co-écoutant·e du Diois, un stage de présentation qui a eu lieu en novembre 2016. A cette occasion j’ai réfléchi à ma rémunération. J’avais compris que les mœurs en France étaient de ne pas se faire rémunérer pour transmettre la co-écoute (4), et pour certain-es co-écoutant·es cela relevait même d’une valeur morale. Pourtant, dans le « Guide », les formatrices et formateurs sont explicitement incité·es à demander une rémunération pour leur travail (5). J’étais donc encore une fois dans une position délicate, sans aide d’un-e responsable pour m’aider à réfléchir : je désirais être rémunérée pour accomplir un travail qui avait du sens pour moi, et en cela j’étais en accord avec le « Guide » que nous étions censé·es suivre, mais cela me mettait en porte-à-faux avec la communauté française. Pour ce premier stage, vu les doutes dans lesquels j’étais, j’ai finalement demandé un prix libre. Une douzaine de personnes étaient présentes. Cela s’est très bien passé, autant pour moi que pour les participant·es, et m’a conforté dans mes compétences et mon désir de transmettre la co-écoute.

Début 2017 j’ai déménagé du Diois pour l’Isère. Au printemps, j’ai été sollicitée pour donner une formation à Romans-sur-Isère. J’ai ainsi continué à structurer mon activité et poursuivi ma réflexion sur la rémunération. J’étais devant deux écueils : d’une part la spécificité française de ne pas être rémunérée, pour laquelle je n’avais aucune explication, d’autre part le pourcentage de 25 % que j’étais censée reverser à RC pour toute formation si je me faisais malgré tout rémunérée (6), et que je trouvais trop élevé au regard de mon ignorance quant à l’utilisation concrète de cet argent. J’ai posé des questions pour tenter de comprendre la spécificité française d’une part, et pour mieux connaître les finances de l’organisation RC au-delà des explication générales données dans le « Guide » d’autre part, mais je n’ai pas réussi à avoir des réponses claires. J’ai donc finalement pris mes propres décisions : créer un tarif échelonné selon les revenus et y inclure un pourcentage de 10 % pour RC, ce qui est normalement demandé pour des ateliers. C’était un arrangement avec la situation qui me permettait de continuer à agir dans le contexte où j’étais. Quant à tout ce que j’organisais bénévolement (groupes de pratique, ateliers thématiques, soirée de présentation…), je n’ai jamais trouvé pertinent de demander de l’argent aux participant·es en-dehors du remboursement des frais engagés.

Cette formation a donc débuté à l’automne 2017. En décembre 2017, alors qu’elle était en cours, je me suis rendue avec plusieurs élèves à une rencontre nationale de RC près de Lyon. J’ai alors posé la question de la rémunération, demandant une explication à l’écart existant entre ce qui est préconisé dans le « Guide » et ce qui se pratique en France. Je l’ai posé publiquement car je savais que d’autres personnes présentes se posaient la même question que moi. Aucune réponse n’a été donnée, mais il a été dit que la question de la rémunération serait prochainement débattue au sein de l’association. J’ignore si cela a été fait depuis. Grâce à des échanges inter-personnels qui ont suivi, j’ai tout de même pu avoir quelques éléments de compréhension de cette spécificité française, mais j’ignore si ce sont des interprétations individuelles ou la réalité (7).

À cette même rencontre, j’ai demandé à R.C. de m’aider dans les démarches pour recevoir enfin une accréditation de formatrice en bonne et due forme. J’avais encore un désir sincère à ce moment-là d’inscrire mes activités au sein de l’organisation française, et au-delà au sein de l’organisation internationale, et il me semblait important d’être au clair au moins sur le papier. Je rencontrais des difficultés réelles depuis le début et je voyais bien les dysfonctionnements de cette organisation, mais j’avais la ferme intention de résoudre les problèmes que je rencontrais, mon intérêt pour la co-écoute et pour sa transmission augmentant au fur et à mesure que je m’y exerçais. J’ai donc dans les semaines qui ont suivi rempli un formulaire à envoyer, via R. et D., à T.J., responsable international de RC. J’ai seulement pu constater sur la revue Present Time (8) suivante que mon nom avait été rajoutée à la liste des formatrices et formateurs français·es, sans que cela ne crée aucun lien d’aucune sorte avec qui que ce soit de responsable à RC. Cette démarche ne m’a donc pas plus avancée qu’avant au niveau de la supervision, mais au moins étais-je à présent dans les clous à ce niveau-là.

Après cette première formation, j’ai œuvré pour créer un réseau local dans mon nouvel environnement, avec l’aide de quelques autres co-écoutant·es : groupes réguliers de pratique, présentations publiques de la co-écoute, journées découverte (9), invitation de D. pour un week-end local de pratique, organisation d’un week-end thématique sur les jeunes personnes, une autre formation… J’ai continué à participer à des week-end de pratique avec le réseau national. J’ai traduit deux textes de l’anglais au français pour la revue Ecoute (10). J’ai aussi rédigé un texte d’introduction à la co-écoute qui réunissait une présentation des grandes lignes de la pratique et une présentation du réseau français, ce qui n’existait pas à ce jour. Je me suis mise en lien par mail ou par téléphone avec une petite dizaine d’ancien·es co-écoutant·es afin de leur poser des questions sur divers sujets. J’ai continué à lire un grand nombre de textes RC, en français et en anglais. Peu à peu j’ai commencé à lire également d’autres ressources sur la co-écoute, ainsi que des textes critiques de RC, dont les analyses rejoignaient parfois les miennes.

A l’automne 2018, j’ai initié un dialogue par mail avec quatre responsables, dont B. qui devenait alors la responsable de RC en France à la place de D. Mon intention était à la fois de leur présenter l’ensemble de mes activités et de solliciter une supervision que je n’avais pas trouvé jusque-là. Je me rends compte aujourd’hui que l’esprit que je mettais déjà dans ce que je faisais depuis des années était incompatible avec la nature même de RC, et que solliciter cet échange relevait d’une certaine naïveté. Comme j’aurais pu m’y attendre, les réponses que j’ai reçu portaient essentiellement sur ce qui, dans ce que je faisais, enfreignait les règles (11). Ce rappel des règles sans proposition concrète pour aller de l’avant, sans reconnaissance du travail accompli jusque-là, aussi hétérodoxe fut-il, et sans conscience de la situation dans laquelle j’étais, m’a découragé à ce que mes activités puissent un jour s’inscrire dans cette organisation. J’ai enlevé mon texte de présentation de mon site internet (12), puisque c’était une des choses qui m’étaient demandé, mais pour le reste j’ai décidé de continuer sur ma lancée.

Ce découragement à mis quelques mois à se transformer en décision. Une Assemblée Générale était programmée (en distanciel) fin février 2019. J’ai décidé d’y participer, en proposant à l’ordre du jour la question de la rémunération des formations, et la création d’une liste de discussion interne, réservée aux responsables et formateurs·trices, afin de faciliter le dialogue et la transmission des ancien·nes vers les nouveaux·elles. Mais peu avant la date, j’ai pris la décision de quitter RC. En effet, ces deux propositions répondaient à une partie des problèmes que j’avais rencontré au fil des ans, mais mes désaccords étaient bien plus nombreux et profonds (13). Cela faisait alors déjà plusieurs années que je menais des activités en lien avec la co-écoute, et toute l’énergie à déployer pour mettre à jour ces désaccords et les surmonter me semblait soudain démesurée. Toute cette énergie que je ne mettrai pas dans ce qui m’importait et m’enthousiasmait le plus, qui était (et qui est toujours) de participer à l’élaboration et à la transmission de cette pratique. J’ai donc envoyé un mail à tou·tes les responsables dont le contact figurait dans la revue Ecoute pour annoncer que je quittais RC. En mars 2019, en conformité avec la décision que j’avais prise, j’ai reversé à l’association française, par virement bancaire, 10 % des revenus de mes activités d’enseignement menées de septembre 2017 à février 2019.

Les mois qui ont suivis, j’ai mené une longue réflexion pour savoir comment continuer, aboutissant à la création de ce site internet qui présente mon approche de la co-écoute et mes propositions pour la partager.

Nadine Gardères – finalisé en juin 2022

1 Appelée "classe de base" à RC.
2 Le jeu-écoute est une pratique qui adapte les principes de la co-écoute aux 
jeunes personnes.
3 Rubrique G.1 du "Guide pour les Communautés de Réevaluation par la
 Co-écoute" : 
https://www.rc.org/publication/translations/french/french_guidelines_2013
4 Mis à part l’argent mis de coté pour participer à de futurs ateliers RC, 
ce qui est bien différent d’une rémunération.
5 Rubrique H.1. du "Guide"
6 Rubrique H.2. du "Guide"
7 Je ne les rapporte donc pas ici, il faudrait une enquête plus approfondie, 
que je ne ferai plus désormais.
8 Revue principale de RC.
9 Que je nommais alors "Journées d’initiation".
10 Revue francophone du réseau RC.
11Présenter la co-écoute lors de soirées dédiées, faire de la
communication sur mes activités, indiquer dans cette communication mes
compétences issues d’autres pratiques, avoir écrit et publié sur le net un 
texte de présentation de la co-écoute, mon organisation financière...
12Site dédié à mes diverses pratiques, qui accueillait à l’époque mes 
informations liées à la co-écoute. Ce n’est que bien plus tard, à l’automne 
2020, que j’ai créé ce site spécifiquement dédié à la co-écoute.
13 Je les expose dans le document "Pourquoi j’ai quitté RC".